« De l’autre côté » son nouvel album, c’est le portrait de jeunes femmes dans un monde en feu. C’est l’histoire d’un amour à vivre contre vents et marées déréglées. C’est le désir exaltant au coeur du chaos. Une splendeur !
Après la révélation de Nord (2017), enregistré avec Samy Osta, puis la confirmation d’Une fille (2021), confectionné aux côtés de Dan Lévy dans une intention tant électro-organique qu’autobiographique, Laura Cahen a longtemps arpenté la scène. Forte d’années d’enfance nancéenne passées à étudier le piano, le violon, la guitare, le chant. Au minimalisme intense d’Une fille a succédé un EP au pluriel, Des Filles, et une longue tournée… Après une date enthousiasmante au Trianon, en février 2023, Laura écrit plusieurs titres dont elle savait qu’ils allaient, plus que jamais, marier son amour du verbe français et de la pop anglo-saxonne. Et pour cela, a traversé la Manche. Direction Margate, ville musicale s’il en est, où se trouve le studio de Mike Lindsay (co-fondateur de Tunng et du duo LUMP), riche de synthés, samplers, mellotron, boîtes à rythmes vintages.
Autre pilier de l’aventure, Joséphine Stephenson, brillante multi-instrumentiste et compositrice franco-britannique de haut vol, à qui ont notamment fait appel Damon Albarn, Arctic Monkeys et Daughter. À sa charge, co-composition, chœurs, synthés, flûtes ou arrangements pour cordes – jouées par 12 Ensemble (Nick Cave, Jonny Greenwood, Max Richter).
Le trio œuvre à enrichir et finaliser des chansons déjà très travaillées par Laura. Au creux de nos oreilles, elle nous chante l’enfance, les peurs d’antan et les espoirs pour demain. D’obédience seventies, la pop est cristalline jusqu’à en être translucide, servies par des batteries lancinantes, assurées par Zoé Hochberg (Astral Bakers, Hyphen Hyphen, Pomme). « Nous avons décidé d’utiliser uniquement des instruments réels, organiques, synthétiseurs ou claviers analogiques, bandes — dans l’idée que je me fais du son « à l’anglaise » — à la recherche d’une intemporalité sonore ou au contraire en exagérant délibérément un certain rétro-futurisme, comme a pu le faire Laurie Anderson des années plus tôt avec Big Science, par exemple. »
Le prisme référentiel ne s’arrête pas là. Sont convoqués Steve Reich, Os Mutantes, Big Thief, Linda Perhacs, Brigitte Fontaine, Laura Marling, Joni Mitchell, Anne Sylvestre… De la part de Laura, fervente lectrice de Margaret Atwood, Virginia Woolf et Goliarda Sapienza, on ne s’étonnera pas de cette majorité féminine ! Ses sujets de prédilection sont ici pleinement déployés : les femmes « dans la vie et dans le monde », les enjeux environnementaux, l’homosexualité et l’égalité des droits pour toustes.